La résilience pour mieux naviguer les défis de notre époque

Jamais le monde occidental n’a semblé aussi bouleversé: inflation, polarisation des opinions, complexité croissante, parentalité en mutation, percée fulgurante de l’intelligence artificielle, incertitudes économiques, géopolitiques et environnementales. Face à ces réalités, la résilience s’impose comme une boussole indispensable pour traverser le quotidien sans sombrer.

Qu’est-ce que la résilience?

La résilience est souvent présentée comme une force intérieure presque héroïque. En réalité, elle est plus simple — et plus humaine. La résilience, c’est la capacité à rebondir après une épreuve, à s’adapter et à continuer d’avancer malgré les difficultés. Sur le plan scientifique, elle désigne l’ensemble des processus psychologiques, biologiques et sociaux qui permettent à une personne de retrouver un équilibre après un choc. Autrement dit, la résilience n’est pas un trait de caractère magique réservé à certains, mais une force que chacun peut cultiver.

Éclairages d’experts sur la résilience

La sommité mondiale sur le sujet, le neuropsychiatre français Boris Cyrulnik, a vulgarisé la notion de résilience. Avant de l’avoir lu, je l’ai vu et entendu en entrevue dans les années 90. S’étant rebâti après son histoire invraisemblable qui a débuté à l’âge de 5 ans, son calme immense, son verbe articulé, conjugués à sa voix soyeuse, me rassuraient et alimentaient mon désir de m’affranchir de blessures passées. Il utilise l’image du « tricotage » : nous tissons notre vie avec les fils de notre passé pour en faire une étoffe solide. Selon lui, elle repose sur deux piliers : le soutien affectif — l’importance de l’entourage — et la capacité à raconter son histoire autrement — ce que Wayne Dyer appelait « réécrire son contrat avec la réalité ».

De son côté, Viktor Frankl, psychiatre et survivant des camps de concentration, a montré, grâce à sa logothérapie, que donner un sens à sa souffrance pouvait aider à traverser les pires épreuves. Dans son chef-d’œuvre, Découvrir un sens à sa vie, Frankl soutient que la résilience naît de la quête de sens. Même dans les plus grandes difficultés, celui qui trouve une raison de vivre — un projet, un amour, une mission — parvient à transcender l’épreuve.

Résilience et défis contemporains

La résilience moderne n’est donc pas un retour à la « normale », car la normale change constamment. Elle consiste plutôt à développer une souplesse mentale, émotionnelle et relationnelle. Elle s’exprime par la capacité à faire des pauses, à nommer ce qui est difficile, à ajuster ses attentes, à cultiver des relations fiables et à maintenir un cap, même lorsque la visibilité est faible.

Les traditions philosophiques et spirituelles rejoignent ici la psychologie contemporaine:

« Ce n’est pas ce qui vous arrive, mais la façon dont vous y réagissez qui compte. »
— Épictète

« Il n’y a pas de problèmes, c’est notre façon de penser qui crée le problème. »
— Le Bouddha

« Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace se trouve notre pouvoir de choisir notre réponse. »
— Viktor Frankl

En somme, la résilience est un muscle qui se travaille. Plus nous mettons d’attention sur ce qui nous arrive, plus nous faisons de nous-mêmes une victime.

Voici des pistes concrètes pour muscler votre résilience au quotidien:

  1. Cultiver la souplesse cognitive
  • Adopter une « mentalité de croissance » : par exemple, plutôt que de voir l’IA comme une menace fatale, visualisez-la comme un outil à apprivoiser. La résilience ici consiste à passer d’une posture de peur à une posture d’apprentissage continu.
  • Découpler l’identité de son emploi : dans un monde où les métiers évoluent, définissez-vous par vos compétences transversales — créativité, empathie, éthique — plutôt que par le titre de votre poste actuel.
  1. Créer des niches de sécurité
  • Sélectionner ses sources d’information : limitez l’exposition aux réseaux sociaux anxiogènes et dopaminogènes. La résilience commence par la protection de son espace mental contre l’infobésité et les débats toxiques et stériles.
  • Renforcer le lien social réel : comme le dit Cyrulnik, le tuteur de résilience peut être un ami ou un mentor. Investissez du temps dans des relations authentiques pour contrer l’isolement numérique.
  1. Pratiquer la logothérapie au quotidien
  • Identifier sa direction : face à l’inflation ou aux difficultés financières, concentrez-vous sur ce qui a de la valeur gratuite — famille, nature, art. Frankl enseignait que le sens protège de l’effondrement psychologique.
  • L’action micro-engagée : on ne peut pas régler la géopolitique, mais on peut agir sur son quartier ou sa famille. Réduire son champ d’action à ce que l’on contrôle diminue l’anxiété.
  1. La résilience éducative — pour les parents, grands-parents et tuteurs
  • Autoriser l’échec: pour que les enfants soient résilients, ils doivent vivre des frustrations mineures. Évitez de surprotéger pour leur permettre de construire leurs propres anticorps psychologiques.
  • Nommer les émotions : apprendre aux enfants à mettre des mots sur leur ressenti face au monde actuel est le premier pas du « tricotage » cher à Cyrulnik.
  1. L’hygiène de vie comme armure
  • Le retour au corps : le stress environnemental se stocke physiquement. Le sport, le sommeil et la méditation ne sont pas des clichés, mais des outils biologiques pour réguler le cortisol (hormone du stress) et maintenir une clarté de jugement. Prendre soin de son véhicule.

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Marc André

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