Et si vous étiez en brown-out?
Avez-vous déjà passé quatre heures à rédiger un rapport tout en sachant pertinemment que personne ne va la lire? Ou complété un formulaire de suivi interminable uniquement pour cocher une case dans le système?
Si ce scénario vous dit quelque chose, vous n’êtes pas seul. Chez les cols blancs, une nouvelle forme d’épuisement fait des ravages en silence : le brown-out.
La métaphore électrique du monde du travail
Le terme est emprunté directement au domaine de l’électricité. Un black-out, c’est la panne générale : l’équivalent du burn-out, où le corps et le mental finissent par lâcher.
Le brown-out, c’est plutôt une baisse de tension. Le courant passe toujours, mais les lumières faiblissent et les appareils tournent au ralenti. Au boulot, la personne en brown-out ne s’effondre pas. Elle continue de se présenter au bureau, répond à ses courriels et assiste aux réunions, mais avec le minimum d’énergie et un gros sentiment d’absurdité.
Le phénomène en 3 étapes
L’émergence de la notion s’est faite en trois temps :
- Le constat de l’absurde (2013) : L’anthropologue David Graeber crée une onde de choc avec son concept d’emplois « à la con » – On the Phenomenon of Bullshit Jobs. Il met en lumière ces postes où des professionnels passent plus de temps à faire du « paraître » qu’à accomplir des tâches qui ont une vraie valeur.
- La théorisation du problème (2016) : Les chercheurs André Spicer et Mats Alvesson décrivent la « stupidité fonctionnelle » des organisations: cet engrenage qui pousse des gens très qualifiés à cesser de se poser des questions et à exécuter des processus illogiques sans broncher.
- Le diagnostic clinique (2017) : Le docteur François Baumann vulgarise le terme dans son livre, Le Brown-out : Quand le travail n’a plus de sens, pour désigner précisément cette détresse psychologique liée au manque de sens et au sentiment d’inutilité au travail.
Comment rallumer la lumière?
Si vous sentez que votre « tension interne » commence à baisser, voici quelques moyens concrets pour retrouver un peu d’élan :
- Faire le tri dans ses journées : Prenez du recul et notez vos tâches de la semaine. Lesquelles créent de la vraie valeur pour votre équipe ou vos clients, et lesquelles ne servent qu’à nourrir la bête bureaucratique?
- Simplifier ou couper dans le superflu : Proposez à votre gestionnaire ou équipe d’éliminer les rencontres sans ordre du jour clair ou d’alléger les rapports de suivi devenus trop lourds.
- Modeler son poste (« Job Crafting ») : Essayez de négocier du temps pour vous investir dans des projets qui font appel à vos compétences clés et qui ont un impact mesurable au quotidien.
- Ouvrir le dialogue avec son gestionnaire : Parler de la perte de sens, ce n’est pas se plaindre ou avouer son incapacité. Expliquer qu’une clarification de vos priorités va augmenter votre engagement et votre efficacité est un argument rentable pour n’importe quel employeur.
Avec le recul, je me rends compte que le burn-out que j’ai vécu il y a longtemps avait débuté par un brown-out.
Et vous, avez-vous déjà eu l’impression de rouler à faible éclairage au boulot? Quelles sont vos astuces pour préserver le sens dans votre travail?
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