Allo, c’est l’Avenir qui parle!

« Et puis ? As-tu aimé ça ? »

« Aimé quoi ? T’es qui toi ? »

« Eh bien, ta vie ! As-tu aimé ta vie ? C’est l’Avenir qui parle ! »

« L’Avenir ? Comment se fait-il que tu me parles ? Tu parles ? »

« De temps en temps, oui ! Surtout à ceux qui en ont le plus besoin. Tu sais, les têtes fortes… »

« Veux-tu dire que j’ai la tête dure ? »

« Nous pouvons facilement déduire que tu mènes une vie avec ta tête, que ça passe très vite et que tu passes à côté de beaucoup de choses importantes, non ? »

« Tu dis n’importe quoi ! De toute façon, on n’est même pas rendu dans l’avenir, on est maintenant ! »

« Tu n’as pas peur, des fois ? »

« Peur de quoi ? »

« Peur de passer à côté, à force de faire ta grosse tête et de te croire plus fort que tout ! »

« C’est comme ça qu’on me voit dans l’avenir ? »

« Pas si tu changes. Un petit peu, au moins. À toi de voir à t’adoucir, à ralentir… T’aimerais pas ça, des fois, mieux profiter de la vie ? »

« Attends une minute ! On est dans l’avenir ou dans le présent ? Je suis tout mêlé ! »

« Je te parle au présent, là, maintenant ! Mais je suis l’Avenir. Je te renvoie ce que tu es en train de devenir, « si la tendance se maintient », comme on dit le soir des élections ! »

« C’est quoi ça ? T’as eu des plaintes ? C’est ma femme ? Mon patron ? Ma fille ? Je ne suis pas parfait, tu sais ! »

« Pas besoin d’être sur la défensive, l’ami. Personne ne te juge. En fait, je réponds à un appel de ta conscience. Tu es en train de grandir, de t’élever, d’avoir une plus grande maitrise sur toi-même. Je suis ici pour t’aider. »

« Wow ! Vraiment ? C’est moi qui ai appelé mon avenir ? Pour être sûr de ne pas le manquer, c’est ça ? »

« C’est ça. Mais c’est encore plus que ça. C’est surtout pour ne pas être dépassé par ton présent. Profiter du chemin jusqu’à ton avenir. »

« Pour ne pas décevoir mon avenir prometteur ? »

« Tout à fait. Es-tu prêt ? »

« Qu’est-ce que je fais ? »

« Tu ne fais rien. Car « faire », tu sais très bien faire. Écoute le silence, d’abord. »

Après avoir prêté maladroitement l’oreille au silence pendant un moment, notre ami se tourna vers l’avenir, en quête de réponses pour la suite de son enseignement.

« C’est beau, le silence. Mais ça ne me parle pas. »

« Mon ami, le silence, ça ne s’écoute pas avec tes oreilles, mais bien avec ton âme, ta respiration, ton cerveau qui cherche le frein, ton cœur qui hausse le volume du sien, tes yeux qui racontent des étoiles… »

« Oh, c’est beau ce que tu dis, l’Avenir ! Ça me rappelle mon enfance, je prenais le temps de faire ça, plus jeune. »

« Eh bien, justement ! Enfants, nous savions déjà les mystères du présent. C’est l’instinct qui décidait, pas les décisions. Les beaux enfants malades que je vais parfois chercher à l’Hôpital de l’Avenir Rapproché nous disent que rien n’empêche d’être heureux, même pas le malheur. Encore moins la maladie. Car elle ne leur appartient pas, la maladie. C’est pourquoi ils ne disent jamais « ma » maladie, mais plutôt, « la » maladie. Le malheur ne vient jamais seul, dit-on. C’est parce qu’il y a toujours des gens accrochés après, ils ne savent pas dire « la ». »

« C’est tellement beau ce que tu dis, l’Avenir, ça me donne presque l’envie de pleurer. J’ai l’impression que je fais fausse route avec mes valeurs pas respectées, mon temps dépassé et ma mission pas bien éclairée… »

« Mais non, mais non, ne pleure pas, l’ami ; c’est normal de s’ajuster, parfois. En somme, apprends à ne plus survivre en surface, mais plutôt à vivre en profondeur. »

« Oh merci, ça me rassure ! Je vais m’y pencher, prendre du temps pour tout réviser et mieux viser, afin de ne rien manquer. »

« Voilà ! Et surtout, comme on aime dire ici dans l’Univers : tu as tout ton avenir devant toi, prends ton temps, mais ne tarde pas trop. »

Marc André Morel

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