Tournez votre propre film

Chacun a son film à jouer. Tout le monde le sait. Mais pourquoi tant de copies d’œuvres, d’idées, de styles, de concepts, voire de vies entières ? Jouer le film de l’autre, ce n’est pas que copier, c’est aussi le douloureux processus de se comparer. Notre esprit cherche toujours le chemin le plus facile, le plus sûr, donc le plus emprunté.

Examinons ensemble à quoi ressemble « ne pas jouer dans son propre film, jouer ou fantasmer sur le film de l’autre ». Mais surtout, examinons quels sont les bienfaits de réaliser notre propre essence et de devenir ce que nous sommes censés devenir.

Un des plus grands comiques qui ait existé sur terre, Richard Pryor, comme bien d’autres, s’est découvert en imitant le style de ses mentors et modèles. Mais il atteignit le titre de meilleur humoriste au monde le soir où il devint lui-même — le soir où il quitta la scène de l’hôtel Aladdin à Las Vegas, même avec Dean Martin dans la salle, pour tourner le dos au style de ses pairs qu’il avait fait sien jusqu’alors.

Notre chemin de vie n’est assurément pas parfait. Mais il doit être notre chemin. Car il est parfaitement unique. Unique et magnifique. Jamais une fraise n’a demandé d’être comme un épi de maïs un été, sous prétexte qu’elle en a assez du rouge et qu’elle se sent toute petite à côté de lui au marché. La meilleure intervention que la génétique pourrait faire pour elle est un hybride. Ce qui, entre vous et moi, serait un désastre gustatif. Pourtant, c’est ce à quoi nous nous acharnons chaque jour : être un amalgame de toutes ces personnes que nous considérons si « meilleures » que nous sur certaines dimensions de notre vie.

Cela prend du courage d’être qui on est et d’aller jusqu’au bout de notre incarnation. Et le courage vient soit quand la douleur de ne pas être soi-même est devenue insupportable, comme pour Richard Pryor, soit quand on prend la décision de refuser cet inqualifiable regret, en fin de vie, d’être passé à côté de sa propre existence.

Soulignons que chaque personnalité — qui a réussi au point que nous voulions sacrifier notre propre essence pour une dose de la sienne — ne savait pas qu’elle allait devenir ce qu’elle est devenue. Pensez-vous qu’Oprah Winfrey avait idée, à 23 ans, qu’elle deviendrait la plus grande star de la télé du monde moderne ? Pas l’employeur qui l’a mise à la porte de sa station, en tous les cas. Et Michael Jordan avant Air Jordan ? Il n’a même pas fait l’équipe première de son école secondaire. Et Michael Jackson, le roi de la Pop ? Il grandit sous le poids des traumatismes infligés par son père dès l’enfance — se proclamant Roi de la Pop moins pour vendre des disques que pour se convaincre lui-même. Ces personnes ont su rayonner parce qu’elles ont eu le courage d’être elles-mêmes, de vivre leur propre film, pas celui d’un autre.

Nous ne connaîtrons jamais les véritables splendeurs que nous réserve notre incarnation, si nous demeurons contaminés par le mirage de la vie des autres que nous voulons faire cohabiter avec celle que la vie nous a réservée.

Il n’y a pas de petits rôles, seulement des rôles différents et complémentaires. Vous avez déjà vu un spectacle de Céline Dion ? À Las Vegas, au Québec, en France, sur DVD ? Comme vous, j’admire cette grande dame. Mais sans les mille personnes qui constituent son équipe, il n’y en aurait pas, de spectacle. Il n’y a pas de petits rôles, seulement des gens qui sous-estiment la valeur du leur.

Se comparer, c’est se diminuer, renier sa propre divinité, son incarnation, sa vie.

Ne pas s’accepter comme on est, c’est aussi ridicule que d’être en colère contre la couleur du ciel ou de la pelouse. Rien ne va changer.

Quand on se compare, c’est qu’on veut être à la place de l’autre. Pendant ce temps, on occupe mal la place qui nous est réservée. L’Univers a besoin de nous là où il nous destine. Il est donc important de profiter du moment présent et de se laisser guider par les signes et les synchronismes.

Bâtir ou rebâtir sa vie telle qu’on la veut prend du temps. Vouloir prendre des raccourcis en se comparant aux autres est une erreur et une faiblesse de l’ego. Patience. Voir clair et récolter les fruits prend davantage de temps pour certains — Nelson Mandela est devenu président à 75 ans, Gandhi avait 77 ans quand l’Inde s’est libérée, et Louise Hay a fondé Hay House à 61 ans.

En terminant, n’oubliez pas d’aller faire paître tous ceux qui tentent de vous donner l’impression que vous devriez jouer leur film : avoir leur style de vie, écouter leur genre musical, visiter les mêmes endroits, conduire leur marque de voiture. Bouchez vos oreilles, ne réagissez surtout pas, tournez les talons et continuez votre propre tournage en VD — Vraie Définition.

Le seul film dans lequel nous devrions accepter de jouer, c’est le prochain Denis Villeneuve ! Au moins, on irait à Cannes !

Tournez votre propre film. Vous êtes unique et magnifique.

 

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