Le déclin de l’empathie dans nos sociétés et organisations

L’empathie, c’est la capacité de ressentir ce que vit l’autre. C’est se mettre dans sa peau, même un instant.

Plusieurs chercheurs, psychologues et sociologues observent depuis une dizaine d’années une montée de l’individualisme, de la polarisation et de la solitude sociale qui semble s’accompagner, dans certains contextes, d’un affaiblissement de l’empathie collective.

Cette régression se fait sentir entre collègues au sein de nos équipes et chez les employés qui interagissent avec les clients.

Les preuves

Selon une étude de 2010 de l’Université du Michigan, les étudiants universitaires d’aujourd’hui sont environ 40 % moins empathiques que leurs homologues des années 1980 et 1990, selon des tests standardisés de cette caractéristique de personnalité.

L’analyse a révélé qu’entre 1979 et 2009, il y a eu un déclin significatif de la prise de perspective — c’est-à-dire la capacité à considérer les choses du point de vue d’autrui — et ce déclin a été particulièrement marqué dans la dernière décennie couverte par l’étude.

Les causes identifiées

1. Les réseaux sociaux et le temps d’écran

Plusieurs études montrent que les interactions numériques réduisent certains mécanismes naturels de l’empathie : le regard, le ton de voix, les micro-expressions et la présence physique. Une étude portant sur 1 253 adultes américains a montré que l’usage des réseaux sociaux est négativement corrélé aux mesures d’empathie. Il faut toutefois nuancer : des recherches indiquent que ce sont les personnes narcissiques qui sont davantage attirées par les réseaux sociaux, plutôt que ces derniers qui causent le narcissisme.

2. L’individualisme et la solitude

Selon Charles-Antoine Barbeau-Meunier, médecin résident en pédopsychiatrie à McGill, on manque d’empathie dans la mesure où on est moins dans l’écoute, on vit dans un monde où l’individualisme est très fort et la solitude des gens est de plus en plus grande. Ces facteurs fragilisent nos psychologies et notre empathie.

L’instabilité économique, la polarisation politique et les crises de santé mentale contribuent également à l’érosion progressive de la cohésion sociale. La diminution de la cohésion d’équipe est un phénomène de plus en plus observé chez les dirigeants d’organisations avec lesquels je travaille.

3. La polarisation émotionnelle s’intensifie

Aujourd’hui, plusieurs débats sociaux et politiques deviennent très identitaires. On ne discute plus seulement d’idées : on associe parfois l’autre à une menace personnelle (voir mon article « Les conséquences de l’ego sur la collaboration »).

Des recherches parlent d’« affective polarization » : il ne s’agit plus seulement d’être en désaccord, mais de développer une hostilité émotionnelle envers ceux qui pensent différemment. Ce phénomène se manifeste de plus en plus dans le cadre du travail d’équipe depuis quelques années, davantage au sein des équipes pour lesquelles le télétravail est devenu la norme (voir mon article « Les effets cachés du télétravail de masse »).

Cela réduit naturellement la capacité d’empathie envers « l’autre » ou « l’autre groupe ».

Un paradoxe : des progrès moraux simultanés

Il serait réducteur de ne voir qu’un recul. Paradoxalement, la société a fait de nombreux progrès dans les dernières décennies : on est plus sensibles à la réalité des personnes en situation d’itinérance, aux droits des femmes, des enfants, des migrants et des personnes trans. On a une plus grande sensibilité, mais de nombreux facteurs socioéconomiques et politiques nous perturbent et nous empêchent de prendre le temps d’être empathiques.

Des solutions possibles

En lien avec ce que plusieurs chercheurs proposent et avec les thèmes que j’aborde lors de mes conférences et activités de team building, voici quelques pistes de solutions :

  • Ralentir le rythme numérique
  • Favoriser les rencontres et activités en personne, même en petit nombre
  • Valoriser davantage l’écoute et les efforts de considération envers autrui
  • Encourager le dialogue entre groupes opposés, avec ou sans facilitateur
  • Pratiquer des échanges de rôles, pour quelques heures ou plus
  • Permettre aux collaborateurs de partager leur réalité avec le groupe
  • Planifier un exercice de reconnaissance entre pairs axé sur l’empathie démontrée

Contactez-moi si vous souhaitez en savoir plus sur mes différentes approches pour renouer avec l’empathie et la cohésion d’équipe au sein de votre organisation.

 Marc André Morel

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