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Donner de la formation à des citrons

Je ne sais pas par où commencer. Vous et moi, en tant que consommateurs, nous sommes dans le même bateau. Vous et moi, en tant que chef d’une équipe, nous sommes aussi dans le même bateau. Nous nous faisons servir par des gens qui ne devraient jamais être là. Et nous avons hérité – ou embauché – des employés qui ne répondent pas à la formation reçue, au coaching professionnel privé et aux nombreuses rencontres d’évaluation.

Albert Einstein disait que si on demandait à un poisson de grimper à un arbre, il croirait toute sa vie qu’il est stupide. Ce qui est tordu dans la conjoncture actuelle de pénurie de la main d’oeuvre, c’est que l’employé sait qu’il n’est pas à sa place et le patron le sait également. L’employé est trop confortable, peureux et complaisant pour quitter. Son supérieur, lui, est mal pris.

Que ce soit à cause de la pénurie ou de mauvais choix individuels ou organisationnels, chaque entreprise tient dans son problème la solution de son voisin. Vous me suivez ? C’est-à-dire qu’au lieu de s’acharner avec un membre de son équipe qui ne joue pas à la bonne position, pourquoi ne pas faire ce qu’il faut quand il le faut, soit, de lâcher prise et de le/la laisser aller. Car sa vie et celle de plusieurs chez vous s’amélioreront, aussitôt que cet individu sera accueilli par celui qui l’attend avec sa chaise.

Plus facile à dire qu’à faire! C’est vrai. Mais quelle est l’option? Aliéner tout le monde autour, augmenter les erreurs évitables, scléroser la progression de l’équipe et de l’organisation? Ah oui, j’oubliais, il y a la formation. On se dit qu’en lui donnant la meilleure formation, notre candidat finira par faire le travail correctement. C’est carrément donner de la formation à un citron. Donner de la formation d’orange à un citron ne fera pas de lui une orange.

Bien entendu, la valeur de l’individu n’est pas en cause ici. Le poisson, il a de la valeur, mais il nage, il ne grimpe pas dans les arbres. Chacun a son carré de sable de talents et d’aptitudes développées ou potentielles. En dehors de ça, c’est une catastrophe annoncée. Pour beaucoup de monde autour de cet individu mal choisi et présentement assis dans la mauvaise chaise.

En 23 ans de carrière et des milliers d’heures comme formateur sur plusieurs programmes de leadership, de performance et de communication, je n’ai jamais vu un individu devenir ce que son employeur voulait qu’il devienne, en terme d’habiletés, d’aptitudes et de savoir-faire, alors que l’ADN de l’individu était tout autre.

Donner de la formation à un citron fera de lui un meilleur citron, un citron plus performant, un citron plus représentatif de la marque. Mais pour le sourire nécessaire, l’attitude appropriée, le vocabulaire, l’état général de sa présentation, son sens de l’organisation, son empathie, etc, pour tout ça et plus, il fallait probablement évaluer ça plus tôt.

En terminant, savez-vous quel est la raison pourquoi l’université Harvard a une si forte réputation mondiale? De meilleurs programmes d’enseignement? Non, les sujets sont les mêmes partout : médecine, comptabilité, génie, etc. Leurs enseignants? Parfois ils peuvent se permettent des enseignants vedettes mais il arrive que nos professeurs et leurs travaux se retrouvent là-bas. Ce n’est pas non plus la brique, les vignes ou leur logo.

Harvard jouit de la plus forte réputation grâce à leurs diplômés. Tantôt un grand chef d’entreprise, un philanthrope, un président américain, des sénateurs, etc. C’est le principe « Garbage in, garbage out ». En somme, si vous laissez entrer les meilleurs éléments possibles dans votre organisation, malgré une structure imparfaite, vous aurez toujours des as à la fin la ligne. Inversement, même si vous avez la meilleure organisation du monde, si vous laisser entrer des citrons, vous aurez des citrons diplômés à la fin, mais des citrons quand même.

Ce n’est pas en investissant dans un citron qu’on en fera une orange.

© 2019 Marc André Morel. Tous droits réservés. 

Alors, comment allez-vous vous transformer ?