Se remplir encore plus

Vous vous souvenez peut-être avoir lu ici, un texte que j’ai publié en 2018, un article intitulé «Se remplir». Non seulement avez-vous été plusieurs à réagir en confirmant sa pertinence pour vous, mais depuis quelques temps, ce texte et ce thème résonnent en moi presque chaque jour.

Comme vous tous, je me défends du mieux que je peux en ces temps de pandémie qui ne finit plus de finir. Des clients et amis tombent comme des mouches depuis le début de l’automne, épuisement professionnel oblige. J’ai moi-même frôlé le point de bascule, overdose de chaise et de lumière bleue, pour commencer. Mais, surtout, un nombre exceptionnel d’heures de travail, comme si je tentais désespérément de trouver mon oxygène en remontant du fond du lac. Je ne suis pas seul.

La face cachée des dommages que cause le virus, c’est d’abord ça : anxiété, flou de sens, de valorisation, de reconnaissance, crises de panique, intoxication et dépression. Suite à un entretien téléphonique avec un haut responsable de l’Institut Universitaire en Santé Mentale Douglas de Montréal, la semaine dernière, il m’informait que tous les psychiatres, psychologues et autres intervenants sont à pied d’œuvre comme jamais. Pas de télétravail, ils sont au front.

L’expression bien connue, «You are full of yourself», est en fait une insulte. En français, c’est plutôt difficile à traduire, mais ça ressemblerait à «Tu es plein.e de toi-même». En somme, cela voudrait dire : «Pour qui te prends-tu?».


Mais comment pouvons-nous offrir une partie de nous-mêmes à notre employeur, collègue, client, conjoint, enfant et famille si on ne se remplit pas? Pas le temps? Sûrement pas. C’est plus profond que ça. Se mettre en avant va contre toutes les fibres de notre arbre transgénérationnel. C’est Dr Carl Jung qui a évoqué cette réalité en premier. Nous gardons (toute) la mémoire de nos ancêtres dans nos gènes : valeurs, croyances, blessures, peurs, etc.


Il faut apprendre à «se remplir», se remplir encore plus que jamais! Mieux vaut se remplir sans cesse. Il n’y a pas plus triste qu’une personne qui n’est pas pleine d’elle-même. Une personne qui est épuisée mentalement et physiquement, qui est irritée et irritable, qui ne rit (presque) jamais, qui s’isole, qui a peur de plonger, qui a peur de ses rêves et de la vie.

Se remplir, c’est apprécier la beauté autour de soi et en soi,

Se remplir, c’est connaître ses limites,


Se remplir, c’est apprendre à se reposer,


Se remplir, c’est savoir se pardonner,


Se remplir, c’est se donner le droit de demander de l’aide,


Se remplir, c’est prendre congé,

Se remplir, c’est cesser des amitiés qui ne sont plus,


Se remplir, c’est savoir brûler les ponts et dire Non,


Se remplir, c’est changer de carré de sable quand c’est le temps,


Se remplir, c’est aller se faire masser et dorloter,


Se remplir, c’est chercher à apprendre sans arrêt,


Se remplir, c’est lire,


Se remplir, c’est se faire plaisir,


Se remplir, c’est se choisir,


Se remplir, c’est s’aimer,


Se remplir, c’est pour mieux donner et se donner,


Se remplir, c’est parce qu’on ne peut pas remplir un verre à partir d’une bouteille vide…



Je vous souhaite d’être pleine et plein de vous-mêmes!

Marc André

Photo: Kleiton Silva

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